L’éducation dans les pays musulmans a besoin d’être révolutionnée. Un changement de fond est nécessaire dans la structure même de l’éducation dans les pays du Maghreb. Je ne vais pas m’attarder à décrire le système éducatif de nos pays. Les problèmes sans fin que rencontrent nos jeunes lors de leur parcours scolaire sont connus de tous et les positions très reculées dans le classement de ces pays en matière d’éducation sont également connus. Essayons de nous projeter plutôt dans le calvaire que vivent nos jeunes quotidiennement lorsqu’ils fréquentent l’école et la souffrance qui en ressort pour déboucher sur des maux très profonds qui se manifestent par la suite sous différentes formes : violences, drogues, criminalité, débauche, avenir gâché, manque de responsabilité, fragilité mentale, radicalisme et j’en passe.
Un adolescent lorsqu’il arrive au lycée ou au collège est presque déjà un adulte. D’ailleurs dans la définition islamique des choses à partir du moment où il atteint l’âge de la puberté, il est déjà considéré comme pleinement responsable. Mais que proposons nous à ces jeunes sur les bancs de l’école ? Un programme éducatif qui consiste à venir s’assoir dans une salle de cours et à consommer des informations toute la journée. De 9h du matin jusqu’à 16h ou 17h, voir 20h ou 21h dans certains cas. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de la violence de la situation que vivent ces jeunes. À un âge où l’on est au sommet de son énergie, au sommet de la forme et de la motivation ou l’on a de l’énergie à revendre. À un âge où l’on ouvre les yeux sur le monde et où on commence à prendre conscience de nous même et de ce qui nous entoure. On demande à ces jeunes de rester scotchés sur une chaise et d’écouter un adulte – qui ressemble beaucoup soit dit en passant à leurs parents dont ils veulent se démarquer – parler pendant des heures de choses complètement abstraites et éloignés de leurs centres d’intérêts.
Et si seulement ces informations consommés à longueur de journée étaient de la littérature qui parle des histoires d’amour qu’ils pourraient vivre. D’Histoire avec un grand H qui leur permette de comprendre leur passé et de connaitre l’identité dont ils sont à la recherche et de se projeter dans l’avenir. Des sciences politiques afin d’analyser les conflits mondiaux dont ils entendent parler quotidiennement et qui les angoissent malgré tout. Non ! le calvaire des jeunes des pays musulmans et arabes en général ne s’arrête pas là, ils doivent en plus d’être réduits au rang de machine enregistreuse, gober des formules mathématiques complètement abstraites et des théorèmes de science physique et de science naturelles sans finalité, à n’en plus finir.
Je parle ici des pays musulmans et arabes parce que dans ces sociétés là, les parents poussent pour ne pas dire obligent leurs enfants à faire des formations purement scientifiques qui débouchent sur des métiers purement techniques tel qu’ingénieur ou médecin parce que – disent ils – ce sont les métiers qui peuvent leur assurer un avenir, et leur permettre de devenir riches et de payer leur factures plus tard. Une vision purement matérialiste de l’éducation, de l’être humain et de l’éducation en général malheureusement. Contrairement à l’Europe et les pays développés, où on accorde une importance aux sciences humaines puisque l’on assure aux citoyens une sécurité matérielle minimale leur permettant de se projeter au delà de leur « estomac » et essayer de s’élever intellectuellement : aides sociales, allocations chômage, un enseignement gratuit de qualité, soins gratuits dans certains pays. Puisque comme le disait Danton : « Après le pain, l’éducation est le premier besoin d’un peuple. » Mais laquelle ?
Et donc nos jeunes ressentent une souffrance profonde et ils se sentent emprisonnés dans ce système donc ils ne voient pas le bout. Surtout que leur avenir malgré ce que leur promettent leurs parents n’est pas assuré car ils vivent dans des pays où il y a un manque de perspectives et de débouchés. Et donc il se rebellent à leur façon et se mettent à créer leur propre monde, leur propre société parallèle, leur système D entre eux. Ils ne viennent plus à l’école pour suivre les cours ennuyeux qu’on leur propose, mais plutôt pour rencontrer leurs potes , parler de leurs rêves d’ailleurs, de leur amourettes, des matches de foot qu’ils vont jouer contre une classe concurrente et je ne sais quel autre centre d’intérêt qu’ils ont. Ils discutent de cela même en cours, pendant que le professeur explique aux rares élèves de la classe qui daignent l’écouter pour une raison que je n’explique pas encore. Et afin de mettre en oeuvre leurs projets secrets, les jeunes passent à la pratique, il se mettent à mettre en place des stratégies pour fuir la prison dans laquelle, ils sont enfermés et sèchent de plus en plus les cours pour se confronter au réel et le monde qui les entoure et assouvir leur soif de découverte. Alarmés par ces signes de rébellion et par un désintérêt grandissant pour les études, les parents qui ne comprennent pas l’origine du problème se mettent à leur rajouter des heures de cours dans des centres de cours particuliers ou des centres de langue, un peu comme celui qui essaye d’éteindre le feu avec le l’essence parce qu’il n’a que cela sous la main.
On l’a compris, notre système éducatif faillit à donner à nos enfants ce dont ils ont besoin dans leur construction personnelle. En réalité, ce dont nos enfants ont besoin ne sont pas uniquement des formules mathématiques ou théorèmes de sciences physiques qui leur assurent un avenir glorieux mais incertain qui se réalisera dans 20 ans. Ils ont besoin de se construire ici et maintenant, et d’acquérir les outils qui leur permettrons plus tard d’affronter la vie et de voler de leur propre ailes. Donc pourquoi nous ne proposons pas à nos jeunes un système éducatif basé sur la pratique et le savoir-faire afin de sortir de cette logique d’enseignement passif et d’exprimer très tôt leurs talents et de canaliser leur énergie. Un système d’activités extra-scolaires quotidien afin de leur permettre de créer un environnement social qui leur ai propre et qui leur permette de développer leur intelligence émotionnelle et sociale, c’est à dire leur savoir être. Un enseignement où l’on redonne de l’importance aux sciences humaines qui participent à construire l’humain et lui permettent de comprendre le monde qui les entoure basé sur des valeurs fortes tirées de notre tradition islamique et prophétique et c’est cela le vrai savoir, et pas seulement des sciences dures, dénoués de sens et de finalités qui visent à former uniquement des ouvriers « très bien qualifiés » que sont les ingénieurs, les médecins et les pharmaciens, les managers et autres techniciens.
Des sciences malheureusement élevés au rang de finalité – pour ne pas dire divinités – alors que ce ne sont à l’origine que des moyens pour atteindre le bonheur et la réussite. Il faut aussi un enseignement primaire préalable à cela où l’on inculque à l’élève un système de valeurs essentielles et des outils logiques et linguistiques qui lui permettent par la suite une application concrète réelle dans un domaine qu’il aura choisis – avec l’assistance d’adultes clairvoyants. Afin qu’il se responsabilisent pour demain lorsqu’il devra savoir se gérer lui même d’abord hors du cercle familial, être père de famille, mère de famille, et acteur actif de la société et non uniquement consommateur ou esclave d’un système qu’il subit.
Si nous leur donnons un système de valeurs fortes, des outils de compréhension du monde efficaces, une personnalité équilibré, libre à eux par la suite de choisir de devenir médecins, ingénieurs, sportifs, philosophes ou imam à partir du moment où ce sont des adultes responsables, actifs, altruistes qui participent par des actions au développement de leur société.